Les événements marquants de l’année 2019 au Benin

Une rue à Cotonou, capitale du Bénin.
© YANICK FOLLY / AFP

Se marquant un peu plus sur la scène internationale depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon, l’année 2019 s’inscrit dans une suite assez logique de la précédente, que ce soit pour le bon ou le moins bon. Des performances positives sur le plan économique, un nouveau titre de champion du coton, de belles performances sportives. Sur le plan intérieur, plusieurs événements sont à signaler sur les mouvements politiques, élections législatives avec un faible taux de participation et sans participation des opposants, jugements des exilés politiques par la CRIET.

Champion du coton africain

Cette année, le Bénin est devenu le premier producteur africain de coton, devant le Mali et le Burkina Faso. Les efforts du gouvernement pour relancer cette filière ont payés. Depuis l’arrivée de Patrice Talon à la présidence, observe l’expert du coton Gérald Estur, les autorités ont œuvré à la relance de la filière. « Pour ce qui est du Bénin, c’est la reprise en main de la filière depuis trois ans qui a permis, a contrario de ce qui se faisait avant, de payer rapidement les producteurs, de mettre en place de façon efficace des intrants très rapidement et d’avoir une filière verticale intégrée, gérée depuis le plus haut sommet de l’État, qui a créé un choc de confiance. La production, qui plafonnait autour de 350 000 tonnes, a plus que doublé en trois-quatre ans, depuis l’arrivée du nouveau régime. On sait bien que le chef de l’État est le premier opérateur de la filière du pays, un professionnel du coton. »

L’ambassadeur persona non grata

Le Bénin a retiré fin novembre son agrément diplomatique au chef de mission de l’Union européenne à Cotonou, l’ambassadeur Oliver Nette. Le ministre porte-parole Alain Orounla a fourni les toutes premières explications officielles et publiques : « Il est apparu que cette coopération a été un peu perturbée par ce diplomate qui se laisse aller à des activités que nous pouvons considérer comme subversives pour notre pays ». En réponse, l’UE a décidé de retirer son agrément à l’ambassadeur du Bénin, estimant que le retrait de l’agrément de son ambassadeur était « entièrement injustifiée et contraire aux objectifs européens de construction de partenariats et de développement de relations avec des pays tiers ».

Législatives, Yayi et heurts

En 2018, un nouveau code électoral avait été voté par la commission des lois de l’Assemblée Nationale, visant à réduire le nombre de formations politiques dans le pays. Augmentation de la caution à verser par chaque parti, établissement d’un seuil électoral ; le nouveau code avait suscité d’énormes polémiques, et présageait déjà des législatives sous tensions. Réclamant de nouvelles lois électorales, les partis de l’opposition et leurs ténors (Yayi Boni, Sébastien Ajavon, Nicéphore Soglo, Candide Azannai) n’ont pu se conformer aux exigences présentées par le nouveau code. Incapables d’anticiper les manœuvres politiciennes du régime en place, l’opposition a été prise au piège. Les partis des ténors Yayi Boni et Candide Azannai se seraient présentées en retard à la Cour Électorale Nationale Autonome (CENA) et ne participent pas aux élections législatives d’Avril 2019. 

A travers des rencontres, consultations et réunions, le gouvernement, l’opposition et des représentants de la société civile tentèrent de trouver une solution constitutionnelle à la crise politique. Face à l’échec des négociations, le porte-parole du Gouvernement, Oswald Homéky annonce que « le Conseil a décidé que le gouvernement prendra toutes les dispositions nécessaires à la bonne tenue du scrutin législatif du 28 avril 2019 ». L’opposition appelle au boycott du scrutin, et dirige des marches de protestation, scandant des phrases du type « Patrice Talon, laisse le Bénin reprendre normalement », « Tu n’aimes pas la compétition, tu n’es pas un compétiteur né », « Gouvernement de ruse et de rage, libérez le certificat de conformité », « Talon, laisse les exilés rentrer pour construire le pays ».

Le 28 Avril 2019, les élections législatives ont lieu. Cependant, le scrutin est marqué par une abstention massive, tant chez l’opposition que parmi une partie des partisans du gouvernement23. L’opposition accuse le président Talon d’autoritarisme, et appelle à un arrêt du processus électoral afin d’organiser un nouveau scrutin inclusif. Ce jour est également marqué par une coupure totale d’internet sur l’étendue du territoire béninois. La société civile et Amnesty International dénoncent la répression tandis que l’Union africaine appelle à la « reprise du dialogue ». 

La Commission électorale a annoncé les résultats préliminaires et un faible taux de participation : 22, 99 %. Alors que 86 % des bulletins dépouillés, l’Union progressiste et le Bloc républicain, partis proches du président Patrice Talon, devraient se partager les 83 sièges du Parlement. 

Des violences ont éclaté peu après l’annonce des résultats provisoires des élections législatives, marquées par une absence de l’opposition et par un important taux d’abstention. Deux anciens chefs de l’État, Boni Yayi (2006-2016) et Nicéphore Soglo (1991-1996), avaient appelé le président Patrice Talon à annuler ce scrutin, qu’ils qualifient de « coup d’État électoral ». Des manifestants se réunirent alors autour du domicile de Boni Yayi. Des violences éclatèrent, et 3 cas de décès furent déclarés. Au nord, des manifestants ont mis le feu à l’usine de coton, un secteur dans lequel le président Talon a fait fortune avant de se lancer en politique et dont la société contrôle désormais la totalité de la production dans le pays. Les forces de l’ordre ont délogé par des tirs d’armes automatiques des centaines d’opposants dans le centre de Cotonou. Les rafales ont été entendues dans le quartier de Cadjehoun et les manifestants, qui avaient dressé des barricades avec des pneus en feu ou des planches, ont été forcés de fuir.

Après plus d’un mois passé à son domicile sous haute surveillance policières, Boni Yayi a quitté le pays en juin 2019. Selon son avocat, l’ex-président avait besoin de se faire soigner. Il était donc parti pour des raisons de santé. En novembre dernier, il était de passage à Cotonou dans le cadre de la présence d’une mission de la CEDEAO qui était venue s’informer sur les derniers développements de la crise politique au Bénin.

Un retour au premier plan dans le monde du sport

Le Bénin a pris part pour la quatrième fois à une phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations en Égypte. Au pays des Pharaons, les poulains de Michel Dussuyer, logés dans un groupe F à priori difficile ont su atteindre l’étape des quarts de finale. Éliminé à ce stade de la compétition, le Bénin a quand même créé la surprise en faisant tomber le Maroc lors du second tour. Une prestation qui est loin de friser le ridicule à comparer aux dernières participations des Écureuils. Les Écureuils ont rendu fier tout le peuple en terminant tout au moins dans le Top 8 des meilleures nations de football sur le continent noir.

Fermeture des frontières

Le 20 août, les autorités nigérianes ont décidé de fermer les frontières terrestres et d’interdire toute importation ou exportation de marchandises par la route avec les pays voisins (Bénin, Niger, Tchad et Cameroun). Une mesure qui vise officiellement à lutter contre la contrebande, alors que les marchands frontaliers sont accusés d’acheminer au Nigeria des milliers de tonnes de riz par an et de s’y approvisionner en carburant, illégalement. La décision du Nigeria, première puissance économique du continent avec 190 millions d’habitants, de fermer ses frontières sans concertation avec les pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a de lourdes conséquences sur l’ensemble de la région. Et les pays limitrophes sont les plus touchés, comme le Bénin qui partage plus de 700 kilomètres de frontière avec le Nigeria.

Trois ans de gouvernance, trois ans de PAG

Lancé en 2016, le Programme d’Actions du Gouvernement Talon (2016-2021) est à mi-parcours. De manière assez rassurante, Abdoulaye Bio Tchané, Le Ministre d’État chargé du Plan et du Développement présentait ce bilan, le 24 décembre 2019. Le contexte de mise en œuvre du Pag, les grandes réussites, la pertinence des réformes ainsi que les politiques et programmes sociaux étaient au menu de cet échange d’environ 52 minutes. « Lorsque nous avons présenté le Pag, le 16 décembre 2016, beaucoup se demandaient si c’était réalisable. Eh bien, c’est réalisable parce que nous y avons mis toute notre énergie », a d’entré indiqué Abdoulaye Bio Tchané. L’un des défis était donc la mobilisation des 9 mille milliards nécessaires pour le financement des différents projets et programmes ; une mission dévolue en grande partie au ministère du plan et du développement qu’il dirige. Au bout de trois ans, les résultats à ce niveau sont positifs et très satisfaisants. « A ce jour, nous avons déjà mobilisé plus de 5 mille milliards à travers différentes composantes, par exemple avec nos propres économies. Ensuite, nous avons davantage mobilisé chez nos partenaires qui, voyant ce que nous faisons nous-mêmes avec nos propres efforts, ont accepté de nous accompagner. Enfin, nous avons montré, à travers nos politiques, que nous sommes capables de mobiliser les ressources sur les marchés : régionaux et internationaux. Nous sommes largement en dessus de nos prévisions de mobilisation », a-t-il déclaré. Ces ressources ont permis d’engager dans différents secteurs les projets phares du quinquennat comme l’asphaltage, les chantiers routiers et de construction des grandes infrastructures ou d’investir massivement dans l’agriculture. C’est ainsi que le Bénin est devenu le 1er producteur de coton de l’Afrique de l’Ouest avec plus de 100 milliards payés aux producteurs chaque année, le 2ème producteur de produits céréaliers dans l’espace UEMOA. De nombreux investissements ont été aussi faits en matière d’accès à l’eau potable pour tous en 2021 et d’autonomie énergétique.

Des posts sur les réseaux sociaux et une condamnation

La justice béninoise a condamné, mardi 24 décembre, Ignace Sossou, un journaliste d’investigation à dix-huit mois de prison ferme et 200 000 francs CFA d’amende pour des posts sur les réseaux sociaux, ont déclaré à l’Agence France Presse (AFP) son avocate et des membres de son entourage. Ignace Sossou « a été condamné pour harcèlement par le biais de moyens de communications électroniques », a expliqué à l’AFP son avocate, Me Prisca Ogoubi. « Il était calme, mais n’avait pas l’air vraiment serein », a confié un autre journaliste béninois présent au tribunal, qui a confirmé la sentence. M. Sossou avait été interpellé le 19 décembre à son domicile par des éléments de l’Office central de répression de la cybercriminalité, avant d’être placé en garde à vue. La veille de son arrestation, le journaliste avait posté sur ses pages Facebook et Twitter des propos attribués au procureur de la République Mario Metonou, intervenant lors d’une conférence organisée à Cotonou par l’Agence française de développement média (CFI) pour débattre des « fake news ».

Une publication sur Facebook du journaliste Ignace Sossou

Conclusion

Pour sa troisième année au pouvoir, le président Talon et son gouvernement auront marqué la scène politique, avec un régime assez critiqué et une gestion de l’opposition jugée autoritaire. Le pays aura connu de belles évolutions, en se classant deuxième en Afrique pour sa performance économique.


Sources :

http://www.rfi.fr/emission/20190517-le-benin-nouveau-champion-coton-africain

https://www.jeuneafrique.com/mag/746603/politique/benin-la-tentation-autoritaire/

https://beninwebtv.com/2019/12/benin-voici-lintegralite-du-discours-de-patrice-talon-sur-letat-de-la-nation/

Impasse électorale au Bénin: Des milliers de marcheurs envahissent les rues de Cotonou

http://www.rfi.fr/afrique/20191219-union-europeenne-mabassadeur-benin-persona-non-grata